De la punition collective

De la punition collective

Un groupe d'une centaine d'enfants, devant un hôtel. Dans une démarche de respect de notre environnement, et donc des lieux que nous occupons, nous essayons de maintenir un niveau sonore acceptable. Sans grand succès.

Très bien. Puisque vous n'arrivez pas à rester calmes, on va faire une minute de silence. À chaque fois que quelqu'un parlera, on rajoutera une minute au chronomètre.

Un groupe d'une centaine d'enfants, dans le restaurant d'un hôtel. Des tablées d'une quinzaine d'enfants, adjacentes. Toujours le problème du niveau sonore.

Très bien. Vous voyez ce verre ? Dès que le niveau sonore sera trop élevé, on rajoutera de l'eau dedans. Si le verre déborde, il n'y aura pas de veillée ce soir et vous irez tous au lit.

Aussi anodines puissent être les conséquences de ces punitions ("seulement" trois minutes de silence, le verre ne déborde pas, ...), il s'agit tout de même de punitions.

Punition et sanction

Punition et sanction sont deux notions différentes. Punir prend ses racines dans le latin punio, qui signifie punir ou châtier. Sanction vient du verbe latin sancio, qui signifie marquer d'un caractère inviolable une loi.

On voit déjà dans l'étymologie de ces mots une différence primordiale : la sanction découle d'une règle établie, alors que la punition se suffit à elle-même. On peut d'ailleurs noter que sanctionner n'a pas nécessairement une connotation négative : l'obtention du baccalauréat sanctionne la fin des études secondaires.

La sanction a une visée éducative. Elle est en lien direct avec la transgression. Elle fait comprendre à l'enfant sa faute, et si possible, essaie de la lui faire réparer. Par conséquent, elle nécessite une réflexion de la part de l'animateur : on ne peut pas appliquer la même sanction à un enfant qui abîme volontairement du matériel et à celui qui quitte sa table sans l'avoir nettoyée après un repas. En pratique, l'animateur peut très bien dire à un enfant qu'il a remarqué sa transgression, et qu'il reviendra lui en parler plus tard. Cela laisse un temps de réflexion aussi utile à l'animateur, pour trouver une sanction appropriée, qu'à l'enfant, pour se calmer et réfléchir à ce qu'il à fait.

Qu'en est-il alors de la punition ? Un enfant puni aura conscience qu'il a commis un acte qu'il n'avait pas le droit de faire. Toutefois, il ne comprendra pas forcément sa faute. La punition apparaît alors comme une décision arbitraire de l'adulte, dont la visée est plutôt de le soulager que d'accompagner l'enfant dans son apprentissage.

Punition collective

Au-delà de son absence de caractère éducatif, la punition collective est intrinsèquement injuste. L'enfant ayant respecté le cadre subit les conséquences pour celui qui en est sorti. D'ailleurs, ce dernier ne se sentira parfois même pas concerné par la punition, et surenchérira. Ce qui aura pour conséquence d'aggraver la punition collective. Un beau cercle vicieux !

Et cette centaine d'enfants ?

Rappelons le contexte : un grand groupe d'enfants, dans un lieu public. Il s'agit ici de préserver la tranquillité des autres usagers.

Peut-on, légitimement, demander à un groupe de cent enfants de ne pas "faire trop de bruit" ?

Je vais reformuler la question. Sommes-nous capables, nous, adultes, de ne pas élever le niveau de notre voix lorsque nous sommes en groupe ? Pensez à une terrasse de restaurant, un beau soir d'été. Ou même, une soirée jeux de sociétés entre quelques amis ?

Quelle solution avons-nous donc ? Nous aurions pu, à l'extérieur, diviser le groupe dans l'espace. Après tout, nous étions une dizaine d'animateurs. À l'intérieur, je reconnais que la tâche est plus compliquée. Peut-être aurions-nous pu essayer de parler plus doucement nous-mêmes ?

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